Exporter aux États-Unis : êtes-vous prêt pour la nouvelle donne
Par Jean-François Laurin, Président LGC Consultants
Depuis le 1er septembre, d’autres variations sont apparues dans le paysage douanier canadien. Comme nous l’avons fait depuis le début de notre Opération Prospérité Québec, nous avons fait appel à notre expert sur les questions douanières pour faire le point sur la situation et valider les points à surveiller pour tout exportateur.
Le commerce international n’a jamais été aussi imprévisible. Depuis quelques années, droits de douane, surtaxes et nouvelles règles transforment chaque expédition vers les États-Unis en véritable parcours du combattant. Résultat : ce qui coûtait hier 0 $ peut aujourd’hui générer une facture salée de plusieurs centaines de dollars.
En clair : ne rien laisser au hasard est devenu une question de survie.
LI – Dans la situation qui prévaut depuis le début mars et tenant compte des derniers soubresauts de cette crise, qui paie la note ?
JFL – Tout dépend du terme de vente. Recevez-vous une facture d’un courtier en douane américain ? Si oui, c’est probablement vous qui êtes responsables.
Petit rappel : les droits ne s’appliquent pas sur le transport. Et si votre prix de vente inclut déjà les droits, assurez-vous de les soustraire, sinon ils risquent d’être facturés… une deuxième fois.
LI – La PME qui utilise de l’acier ou de l’aluminium transformé dans ses produits vit-elle la même situation que les grands producteurs de matériel brut?
JFL – Acier et aluminium : des matériaux qui pèsent lourd. Vos produits contiennent de l’acier ou de l’aluminium ? Il y a de fortes chances que des droits allant jusqu’à 50 % de la valeur de ces matériaux, voire du produit entier. Cette surtaxe (section 232), ne s’applique pas systématique à tous les produits qui contiennent de l’acier, de l’aluminium, ou les deux. Ladministration Trump a établi une liste des produits qui sont visés par cette dernière. Cette liste est d’ailleurs en constante évolution et plusieurs type de produits y sont ajoutés. Quelques exceptions existent (ex. acier américain : 0 %, russe : 200 % !), mais elles changent vite. Un seul oubli, et c’est la surtaxe assurée.
👉 Sur votre facture commerciale, indiquez clairement la valeur et l’origine de l’acier/aluminium et joignez le mill test certificate. Sans ces indications, c’est 200 % de droits qui s’appliqueront.
LI – Qu’en est-il de la question de l’origine des produits? Jusqu’où doit aller la prudence?
JFL – L’origine ou l’identité cachée de vos produits est un concept fondamental dans la situation actuel dont il faut tenir compte de manière adéquate et rigoureuse. Un produit brésilien qui transite par le Canada… reste brésilien. Et donc assujetti aux droits brésiliens (actuellement 50 %). L’ACÉUM protège de nombreux produits canadiens, mais attention : tous ne respectent pas les critères. Certains produits textiles, par exemple, tombent sous un droit de 35 %.
Moralité : l’origine réelle d’un produit est un facteur stratégique, pas un détail administratif.
LI – Quel est l’impact de la fin du “duty-free” pour les petites commandes (minimis)?
JFL – La fameuse Section 321 est morte. Autrefois, vos envois de moins de 800USD passaient sans droits. Désormais, chaque colis est déclaré et taxé, peu importe sa valeur. Et la facture peut surprendre :
📦 Exemple : vente à 25 $ d’un produit chinois → coût réel : 93,46 $
- Frais de dédouanement : environs 10 $
- Droits cumulés : 13,75 $ (standard + fentanyl + surtaxe chinoise)
- Frais CBP (entrée formelle) : 32,71 $
- Frais de débours courtier en douane : 12 $
- Valeur de la vente 25 $
- Total des frais : 68,46 $
- Coût total au client 93.46$
Oui, un produit de 25 $ peut coûter plus de 93 $ à la frontière.
LI – En conclusion quel est votre message pour les dirigeants d’entreprise dans la situation actuelle?
JFL – En conclusion, je dirais qu’il faut transformer la contrainte en avantage. Exporter vers les États-Unis n’est plus un réflexe simple, c’est une stratégie. Les règles changent vite, les coûts explosent, et les erreurs coûtent cher. Le Canada demeure quand même dans une bien meilleure posture que l’ensemble des autres pays, car notre accord économique avec les États-Unis nous permet somme toute de bénéficier de la franchise de droit de douane sur une multitude de produits.
La bonne nouvelle ? Avec les bonnes validations et un accompagnement spécialisé, vous pouvez réduire vos frais, sécuriser vos marges et même gagner un avantage concurrentiel.
En bref : ceux qui s’adaptent tirent leur épingle du jeu. Les autres paient la note.