RAMO: Du champ familial à l’innovation verte de classe mondiale
La jeune vingtaine, Francis Allard, étudiant en génie mécanique à l’Université de Sherbrooke, était loin de se douter que la terre familiale cultivée par son père, son grand-père et ses ancêtres à Saint-Roch-de-l’Achigan allait un jour lui permettre de faire prospérer RAMO, l’une des entreprises les plus innovatrices dans le monde de l’environnement au pays.
Par Gilles Bordonado
C’est au détour de nombreuses lectures et recherches que Francis découvre les nombreuses propriétés du saule. Il évoque la chose à Mario, son père, qui lui donne « carte blanche pour en planter quelques parcelles sur certains de ses champs », dira-t-il. On est en 2006 ; RAMO voit le jour.
De ses saules, Francis en fait de la biomasse — de simples copeaux à brûler pour générer de l’énergie —, mais ses arbres offrent des possibilités insoupçonnées que Francis mettra en valeur. Le saule pousse à une vitesse phénoménale, atteint 3 mètres en trois ans et repousse par lui-même une fois coupé, telle une plante vivace. « Faire de la biomasse n’était clairement pas la meilleure valeur ajoutée pour le saule. En 2011, nous nous sommes lancés dans la production d’écrans verts antibruit, une technologie qui existe en Europe et en Scandinavie depuis le milieu des années 1980 », soulignera M. Allard. Avec son père, en visite outre-Atlantique, ils décrochent des licences exclusives de ces produits au Danemark et en Allemagne.
Ces structures naturelles constituent des alternatives aux murs de béton ou de métal. Aussi durables, elles ont un moindre impact carbone, sont esthétiques et répondent à des normes acoustiques reconnues. On en retrouve au Québec, en Ontario, ailleurs au Canada et aux États-Unis, où des entreprises distribuent les produits RAMO.
Eaux usées, eaux de lixiviation et restauration des sites miniers
Le jeune entrepreneur cherchant de nouveaux débouchés pour ses saules aux propriétés nombreuses remarque que la résistance impressionnante de la plante n’a d’égal que son système racinaire imposant qui gobe des quantités d’eau hors du commun.
En 2008, RAMO propose à la Ville de Saint-Roch-de-l’Achigan de planter quatre hectares de saules pour traiter une petite partie des eaux usées municipales. Le succès est remarquable. « Les racines des saules ont absorbé toutes les eaux usées évitant leur rejet dans les ruisseaux, les rivières et la nappe phréatique. Les arbres ont absorbé les nutriments des eaux et les ont utilisées, poussant plus vite que ceux plantés sans apport d’eaux usées », de souligner M. Allard. La phytotechnologie Evaplant était née, faisant ensuite l’objet de plusieurs recherches positives, dont certaines menées par l’Institut de recherche en biologie végétale du Jardin botanique. RAMO n’en reste pas là.
« En 2018, nous avons proposé cette technologie environnementale végétalisée à WM, gestionnaire d’un lieu d’enfouissement technique à Sainte-Sophie, en vue de réduire les volumes d’eau de lixiviation s’écoulant du site », dira le président, qui a profité de plusieurs collaborations pour développer cette initiative dénommée PhytoVaLix, qui a d’ailleurs remporté un prix de l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec. Son succès a mené à son déploiement sur d’autres sites d’enfouissement.
Toujours en quête de moyen de valoriser le saule, RAMO a découvert que la plante peut être employée dans la restauration de milieux dégradés, en particulier les sites miniers. « Actuellement, nous plantons beaucoup d’arbres en Abitibi et dans le Nord québécois. Nous récoltons les saules et les fragmentons pour recréer un sol qui permet à la nature de se regénérer sur ces sites. Ces copeaux transformés en paillis sont très riches et sont produits localement », de confier M. Allard, qui voit ici se déployer une économie circulaire, un concept qui lui est cher.
Croissance et exportation
Désirant se rapprocher de ses marchés, RAMO a fait l’acquisition en 2024 de l’entreprise albertaine Bionera Resources et d’une plantation de 1 000 acres dans l’État de New York, aux États‑Unis. Cette dernière commercialise ses produits sur place et fournit même RAMO Québec, qui voit sa croissance de ses activités exploser.
Si, par le passé, les écrans verts dominaient par la valeur de ses ventes, les technologies environnementales de RAMO représentent aujourd’hui 70 % de son chiffre d’affaires. « Depuis 5 ans, notre croissance est de 30 à 50 % par année. Notre personnel est passé de 30 à 90 employés et franchira la centaine l’an prochain », de souligner M. Allard, qui note la contribution importante des employés au succès de l’entreprise, comme celle de ses associés, dont Olivier Payette, qui partage avec lui l’actionnariat principal de RAMO.
Il y a quelques années, Lanaudière International a contribué au lancement du projet d’exportation des écrans verts antibruit de RAMO vers les États-Unis. « L’organisme nous a aidés à réaliser ce premier tour de roue en nous soutenant dans notre plan de match par son expertise et en nous offrant de la formation. Il a été un facilitateur apprécié dans le processus », de relater le président.
Si ce dernier a bon espoir de voir son entreprise rayonner à l’étranger, il est conscient des défis auxquels son entreprise fait face. Il faudra gérer habilement sa croissance et trouver les meilleures solutions pour répondre aux besoins exprimés par les nombreux marchés approchés. La firme aura des défis à surmonter à l’exportation, comme la sensibilisation des marchés approchés à ses technologies végétales novatrices et le développement de nouvelles normes.
« Ça a été un chemin de croix depuis 20 ans pour faire connaître nos produits, mais nous remarquons qu’ils ont droit à de plus en plus de considération. Est-ce que notre croissance passera par une expansion de l’entreprise à l’étranger, par la vente de licences ou par des transferts technologiques, l’avenir nous le dira ? », de souligner, M. Allard.
Celui qui se décrit comme « un geek de l’environnement » croit que les saules, comme les autres plantes, en ont encore beaucoup à offrir. « Ça fait bien 180 millions d’années que les plantes sont sur notre Terre… » Une conclusion qui résume tout.

Francis Allard, président et fondateur de RAMO, pose au cœur d’un des nombreux champs de saules de l’entreprise. (photo : Gilles Bordonado)

Quatre des piliers de l’équipe de gestion de RAMO : Xavier Lachapelle-T., Francis Allard, Olivier Payette et Benjamin Walczak. (photo : Gilles Bordonado)

Une vue des populaires écrans verts antibruit de RAMO. (photo : courtoisie)

Le système Evaplant de RAMO. (photos : courtoisie)

Le système Evaplant de RAMO est mis en relief sur cette photo prise sur un site minier québécois. (Image : courtoisie)

Francis Allard. (photo : Gilles Bordonado)

Une image d’un champ de boutures de saules. (photo : courtoisie)

En 2018, l’initiative technologie environnementale végétalisée PhytoVaLix, utilisant Evaplant, a été introduit au lieu d’enfouissement technique à Sainte-Sophie de WM. (photo : courtoisie)