L’impact des tarifs douaniers américains sur les exportations canadiennes à partir du 1er août 2025 (Scénario et Recommandations)
Rédaction : Jacques Fortin, Lanaudière International
Introduction – Contexte officiel du Canada
L’impact de la guerre tarifaire des USA envers le Canada commence se faire sentir de manière de plus en plus concrète dans notre économie. Bien qu’à l’abri de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) sur le libre échange à plus de 90%, l’incertitude générale quelle génère finit par se faire ressentir. Pour les autres secteurs plus directement visés, on en a des répercussions immédiates. En ce qui concerne Lanaudière, l’industrie du bois est sur la première ligne de front.
Le gouvernement canadien maintient une position ferme face aux droits de douane imposés par les États-Unis. En entrevue à Radio-Canada récemment, monsieur Dominic LeBlanc, ministre responsable du commerce Canada–États-Unis, a réaffirmé la détermination fédérale à obtenir la levée intégrale de ces droits. Il a insisté sur une suppression complète, et non une simple réduction ou réorientation, visant une application fidèle de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le ministre a souligné des échanges intensifs avec le secrétaire américain au commerce, Howard Lutnick, insistant sur la nécessité « d’enlever les tarifs » et réaffirmant que la riposte canadienne doit respecter les règles commerciales existantes pour obtenir des concessions claires de Washington. Ottawa a déjà mis en place des contre-mesures tarifaires sur près de 30 milliards de dollars de marchandises américaines en représailles aux surtaxes sur l’acier et l’aluminium.
Les provinces et territoires du Canada présentent un front uni via le conseil de la fédération derrière le gouvernement fédéral. Les échéances imposées par l’administration américaine leur appartiennent et ne lie aucunement le gouvernement du Canada. La volonté d’arriver à une entente acceptable et profitable pour le Canada et ses partenaires demeurent forte.
La suspension des activités de la Scierie St-Michel touche directement ses 250 travailleurs qui se retrouvent au chômage, temporairement. C’est sans compter sur la multitude d’emplois reliés directement ou indirectement aux activités de cette dernière. Au-delà des salariés de la Scierie, c’est tout un milieu de vie qui est touché. Outre Lanaudière, ce secteur génère 130 000 emplois dans plus de 900 municipalités au Québec et représente un enjeu stratégique majeur pour les régions ressources.
Outre le fait que le conflit du bois-d ’œuvre perdure depuis les années quatre-vingt, il est aussi riche en enseignement sur le comportement des américains, au-delà de la rhétorique actuelle. En effet, le Canada a dû multiplier les requêtes à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à l’ALENA pour contester les droits compensatoires ou antidumping (selon les périodes). Il a toujours obtenu gain de cause. Cependant, les États-Unis n’ont que rarement respecté ces décisions. Seul l’accalmie de 2006 à 2015 sous les ententes SLA IV (Softwood Lumber Dispute) a permis une période de paix commerciale. Depuis ce temps, les différentes administrations, Trump et Biden, ont maintenu une position similaire avec des droits allant de 10% à 30%. Ce qui démontre bien que peu importe l’administration en place à Washington, le Canada a intérêt à diversifier ses marchés d’exportation.
Des contestations sont prévues devant l’OMC et via les mécanismes de l’ACEUM. La possibilité de mise en place de quotas d’exportation canadienne est également à l’étude. Localement, différentes mesures sont aussi à l’étude. Le contexte des discussions en cours autour du renouvellement du régime forestier rende la situation encore plus complexe pour les dirigeants de ces entreprises.
La réalité en chiffre:
Répartition des exportations canadiennes vers les États-Unis selon leur conformité à l’ACEUM (2024)
| Catégorie | Pourcentage | Explication | |
| Exportations canadiennes vers les États-Unis utilisant l’ACEUM | 38–40 % | Ont été déclarées conformes à l’ACEUM par les exportateurs | |
| Exportations non déclarées ACEUM | 60–62 % |
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| Couverture potentielle de l’ACEUM (produits admissibles) | 98–99,9 % | L’accord couvre quasiment tout le commerce, en théorie |
Contexte général des mesures tarifaires depuis le 1er août
Le président Donald Trump a annoncé l’imposition d’un tarif général de 35 % sur l’ensemble des biens canadiens exportés vers les États-Unis, avec une entrée en vigueur au 1er août 2025. Cette mesure s’inscrit dans une politique protectionniste américaine visant, selon eux, à rééquilibrer la balance commerciale et à exercer une pression sur le Canada pour renforcer sa coopération dans des dossiers stratégiques, notamment la crise du fentanyl.
Il est important de noter que, dans ce scénario, les biens conformes à l’accord ACEUM seraient exemptés de ce tarif. Cette décision fait suite d’une première vague de tarifs déployée en février 2025 (25 % sur la plupart des biens, 10 % sur l’énergie), ayant déjà entraîné un ralentissement significatif des exportations canadiennes. À cela s’ajoute les différents tarifs spécifiques comme ceux sur l’Acier, sur l’Aluminium et sur le Cuivre.
Accord avec l’Union Européenne
Le 27 juillet 2025, les États-Unis et l’Union Européenne ont conclu une entente historique. Cette annonce survient dans un contexte de multiplication des accords commerciaux bilatéraux des États-Unis. Cet accord prévoit l’imposition de droits de douane de 15% sur la plupart des produits européens importés aux États-Unis, à l’exception notable de l’aluminium et de l’acier qui demeurent taxés à 50%. Cette entente, jugée « la plus grande » jamais réalisée par le président américain, démontre une tendance à la conclusion d’accords tarifaires bilatéraux, potentiellement avec des taux planchers, et pourrait servir de modèle pour d’autres négociations. Le secrétaire américain au Commerce a d’ailleurs prévenu le 27 juillet qu’il n’y aurait « pas d’extension » à l’entrée en vigueur des droits de douane voulus par Donald Trump dès le 1er août.
Secteurs les plus touchés par le tarif général de 35 %
Compte tenu des exemptions de facto via l’ACEUM, les secteurs les plus susceptibles d’être affectés par ce tarif généralisé de 35 % seraient principalement certains produits manufacturés ne répondant pas aux règles d’origine strictes de l’accord, notamment dans des industries comme le vêtement.
- Automobile et pièces détachées : Ce secteur représente environ 27 % des exportations canadiennes vers les États-Unis. L’industrie est hautement intégrée entre les deux pays. Des pertes significatives ont déjà été enregistrées, General Motors ayant, selon le rapport, enregistré 1,1 milliard de dollars de pertes au T2 2025. Bien que de nombreux composants automobiles répondent aux exigences de l’ACEUM, la complexité des chaînes d’approvisionnement peut parfois entraîner des difficultés à qualifier certains produits, les exposant potentiellement au tarif.
- Acier et aluminium : Ces produits ne seraient pas soumis au tarif général de 35 %. Ils sont déjà sous le coup d’un tarif élevé de 50 % depuis le printemps 2025. Il est important de noter que ce tarif de 50 % s’applique majoritairement sur la valeur de l’acier ou de l’aluminium en tant que matière première, et non sur la valeur du produit manufacturé fini dans lequel ils sont intégrés, bien que des exceptions puissent s’appliquer. Ce secteur affecte environ 15 milliards de dollars de valeur annuelle et plus de 100 000 emplois.
- Agriculture et agroalimentaire : Ces produits, étant considérés comme entièrement obtenus au Canada, ne seraient pas touchés par le tarif général de 35 %.
- Énergie et minéraux : Ces secteurs sont également considérés comme entièrement obtenus au Canada et ne seraient donc pas assujettis au tarif général de 35 %. Des droits de 10 % avaient été établis précédemment sur ces produits.
- Aérospatial et manufacturier : Les exportations importantes de ces secteurs proviennent principalement du Québec et de l’Ontario. La majorité des produits manufacturés ayant subi une transformation substantielle au Canada répondent habituellement aux exigences de l’ACEUM. Cependant, l’industrie du vêtement est confrontée à des critères plus stricts, et bon nombre de ses produits pourraient ne pas se qualifier pour l’exemption de l’ACEUM, les rendant ainsi vulnérables au tarif de 35 %.
Évaluation spécifique : Région de Lanaudière
La région de Lanaudière abrite des entreprises manufacturières et forestières axées sur l’exportation, particulièrement dans la transformation métallique et le bois d’œuvre.
Dans ce contexte, Il importe que les entreprises de Lanaudière fassent leur devoir soit:
- Réviser le classement tarifaire de ses produits
- Réviser le statut d’origine des produits
- La douane peut réviser jusqu’à cinq ans en arrière et imposer une amende substantielle)
Dans toutes les interventions réalisées par Lanaudière Internationale depuis le début de la crise tarifaire, 95% ont nécessité un reclassement adéquat. Ce qui n’avait pas d’impact auparavant, puisqu’une telle erreur se traduisait par un passage de 0% à 0%. Aujourd’hui, ça peut signifier un passage de 0% à 35%. Ce qui est majeur, en plus d’entrainer des pénalités subséquentes.
- Lanaudière compte une concentration d’entreprises de fabrication métallique légère et lourde, incluant des sous-traitants pour les secteurs du transport, de la construction et de l’équipement industriel. Bien que les produits d’acier et d’aluminium en tant que matières premières ne soient pas assujettis au tarif général de 35 % mais à la surtaxe de 50 % sur leur valeur d’origine, les entreprises de transformation métallique pourraient être indirectement affectées par la hausse du coût de ces matières premières. Elles sont également vulnérables aux tarifs sur certains produits transformés si ceux-ci ne satisfont pas aux règles d’origine de l’ACEUM. Les risques incluent une baisse des commandes, une perte de compétitivité et un ralentissement des investissements.
- Le bois est un secteur historique dans Lanaudière, avec des scieries et des entreprises de 2e et 3e transformation. Les droits annoncés ont entraîné des fermetures d’usine et provoqueront des fusions d’opérations, surtout pour les scieries de taille moyenne. Les effets potentiels sont une pression sur l’emploi rural, un ralentissement des projets forestiers en amont, et une reconfiguration des chaînes d’approvisionnement.
Perspectives économiques et régionales au Canada
- Impact régional :
L’Ontario et le Québec seraient fortement touchés (automobile, bois, métaux, aérospatial). L’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador verraient un impact sur l’énergie, la potasse et les produits miniers. Lanaudière ferait face à une exposition directe via la métallurgie de transformation et les produits du bois. Les petites et moyennes entreprises locales devront envisager des stratégies d’adaptation, telles que la diversification des marchés, l’automatisation, la consolidation ou la relocalisation partielle. - Indicateurs :
Une baisse des ventes au détail en mai -1,1% (pour le secteur automobile de -3,6 %) a été observée. Un rapport Yale prévoirait une chute potentielle de -2,1 % du PIB canadien à moye terme.
Conclusion et recommandations
Le tarif de 35 % imposés constituent une escalade commerciale majeure entre le Canada et les États-Unis. L’accord récent entre les États-Unis et l’Union Européenne, qui établit un plancher de droits de douane de 15% pour la plupart des produits européens et maintient 50% sur l’acier et l’aluminium, envoie un signal fort sur la nouvelle approche américaine en matière de commerce international. Ce modèle d’accord, où des droits de douane demeurent même après une « entente », pourrait influencer les négociations en cours avec le Canada, suggérant que des concessions sur les tarifs pourraient se faire avec un maintien de droits résiduels, potentiellement à 15%. Bien que de nombreuses exportations canadiennes soient protégées par l’ACEUM car considérées comme entièrement obtenues au Canada, la portée des mesures annoncées, notamment sur les produits manufacturés ne respectant pas les règles d’origine strictes de l’ACEUM (comme le vêtement) et la situation persistante du bois d’œuvre, menace directement la compétitivité de secteurs clés
Le gouvernement canadien devra multiplier les efforts diplomatiques et juridiques, non seulement pour chercher une exemption totale, mais aussi pour évaluer la possibilité d’un « plancher tarifaire » similaire à celui de l’accord US-UE, tout en préparant des mesures de soutien aux industries les plus vulnérables. Le Canada doit prendre acte de cette entente et s’ajuster, en se demandant s’il est prêt à accepter des droits de douane de 15% sur tout ou s’il peut obtenir des exceptions intéressantes.
Recommandations spécifiques pour la région de Lanaudière :
Pour la région de Lanaudière, un accompagnement ciblé est fortement recommandé, incluant :
- Réviser le classement tarifaire de ses produits
- Réviser le statut d’origine des produits
- La douane peut réviser jusqu’à cinq ans en arrière et imposer une amende substantielle)
- Un appui à l’innovation et à la modernisation des entreprises manufacturières afin d’améliorer leur compétitivité et de réduire leur dépendance aux intrants coûteux.
- La mise en place de programmes de soutien temporaire pour le secteur du bois, permettant d’amortir le choc des hausses tarifaires et de faciliter d’éventuels ajustements structurels.
- La promotion active de marchés alternatifs à l’exportation (Europe, Asie) pour réduire la dépendance au marché américain.
- Le renforcement de la concertation régionale autour de la forêt et de la filière bois pour élaborer des stratégies collectives de résilience et de développement durable.
- L’exploration de programmes d’aide à la diversification des produits et des services au sein des entreprises manufacturières pour réduire leur exposition directe aux tarifs sur des produits spécifiques.
- L’analyse des opportunités de relocalisation partielle ou de consolidation des opérations pour optimiser les coûts de production et de distribution.
Ces mesures visent à minimiser l’impact économique et social des tarifs envisagés et à renforcer la résilience des industries locales face aux fluctuations du commerce international, en tenant compte des nouvelles dynamiques des accords commerciaux mondiaux.
N.B. Cet article a été rédigé à l’aide d’outil d’intelligence artificielle générative. L’ensemble a été révisé et commenté par l’auteur. Les recommandations et conclusions sont de l’auteur.